Je viens te donner des nouvelles de celle que j'ai présenté il y a quelques semaines, j'ai nommé la Bête. Il a bien fallu une semaine, l'écriture de ce billet et la lecture d'un bouquin ô combien providentiel pour qu'elle face enfin demi-tour, la garce. Elle s'en est retournée dans sa grotte. Mais pas au point de reprendre son hibernation. Non. Je la sens toujours proche, prête à me sauter à la gorge et à déclencher mes cris de fureur.

 

Mais, soyons optimistes, la bonne nouvelle c'est quand même qu'elle a battu en retraite. Cette bataille est gagnée, espérons que la guerre ne soit pas trop longue.

 

Le livre qui m'a aidé à sortir de l'impasse est le fameux Parents épanouis, Enfants épanouis, de Faber & Maslish

 

issue-de-secours.jpg


J'expliquais, lors d'un article chez les Vendredis Intellos, en quoi cet ouvrage était déculpabilisant pour les parents.

Mais ce n'est pas tout. Un chapitre entier est consacré à la colère. Et tu sais comment est intitulé le premier paragraphe ? Une bête à l'intérieur. Comme quoi je n'ai rien inventé, pas même la métaphore (pourtant je n'avais pas encore lu ce chapitre lors de mon premier billet sur le thème). Bref. Ce chapitre m'a permis de comprendre là ou j'avais perdu pied. Chaque jour je prenais davantage sur moi afin de ne pas (trop) faire subir à mon entourage les agitations de l'affreuse. C'est ainsi que j'ai creusé mon propre gouffre. La preuve avec ce petit extrait :

 

«  Quand avons-nous déjà dit que les parents doivent parler calmement lorsque ça bouillonne à l'intérieur ? L'idée n'est pas de retenir notre colère, mais de la laisser s'échapper par petits morceaux, avant qu'elle se rende jusqu'à l'explosion. Essayer d'être patient quand on est fâché, c'est comme appuyer d'un pied sur le frein et de l'autre sur l'accélérateur. On ne traiterait pas sa voiture de cette façon. Soyons au moins aussi bons pour nous-mêmes que nous le sommes pour notre voiture.»

 

S'ensuit la description de tout un tas de recommandations pour exprimer sa colère sans blesser, sans injurier, sans culpabiliser. L'idée principale que j'ai retenue est qu'il n'est vraiment pas (mais alors vraiment pas) nécessaire de faire toute une explication du pourquoi et du comment. Ce qui fonctionne le mieux, et nous évite aussi de monter en pression, ce sont les réactions simples et rapides :

 

  • Un geste pour montrer une chaussette qui traîne par terre (avec les yeux exorbités si on frôle l'apoplexie).

  • Une description des faits : « Il y a des chaussettes qui ne demandent qu'à retrouver leur tiroir ! »

  • Un mot écrit à l'intention des enfants : « Ci-gît une chaussette esseulée, prière de la ranger avant qu'elle ne rejoigne le cimetière des objet perdus ... »

 

Et si la colère est quand même là, qu'elle nous assaille, mieux vaut en décharger une partie de façon constructive en disant par exemple :

  • « Je suis fatiguée de ramasser les chaussettes sur le sol !»

  • « Quand je vois ces chaussettes éparpillées sur le sol, j'ai juste envie de partir en claquant la porte »

 

Mes exemples sont succincts et ne traduisent pas toute la panoplie qui s'offre à nous selon l'humeur ressentie, mais ils ont au moins le mérite de prouver qu'il est possible d'être en colère, de l'exprimer, et pourtant de préserver nos enfants (et nos conjoints !).

 

Bon, c'est bien beau tout ça, mais une fois sorti le nez du bouquin, ça donne quoi ? Et bien ça donne une mère qui essaye déjà de se débarrasser de ses vieilles habitudes, ce qui n'est pas une mince affaire. Parce que quand la moutarde monte au nez, les pensées qui viennent en premier ne sont pas « C'est quoi, déjà, la phrase qui convient ? ». Non, ce serait plutôt du genre bourrées de mots interdits aux moins de 10 ans. Bon, en même temps, ceux-là, ça fait bien longtemps qu'ils en restent à l'état de pensées, c'est déjà ça. Mais une fois la bouche ouverte, pas facile d'enrayer les mots décrivant ma fougue et mon courroux.

Alors dès que je peux (merci les mercredis et les vacances), je m'accorde quelques minutes supplémentaires sous la couette pour lire un chapitre ou deux de cet ouvrage, histoire de m'imprégner de cette ambiance Bisounours qui en ressort, avant de me lever du bon pied. Certes, je suis interrompue toutes les 10 secondes et demi, mais je m'accroche : pas question de me laisser aller alors que j'ai des clés juste là, sous la main. Et force est de constater que lorsque je parviens à mettre en application certaines astuces, ça fonctionne plutôt bien !

 

Des vrais exemples de ma vraie vie, ça te dit ?

 

J'ai testé par deux fois la note écrite. Une première fois quand, lassée de devoir répéter toutes les deux minutes, et sans succès, à ma fille et sa cousine d'aller se brosser dents et cheveux, j'ai glissé un mot sous la porte : « Les filles, merci d'aller brosser vos dents et vos cheveux. Tendrement. » Elles ont mis quelques instants à déchiffrer ce message (elles sont en CP) puis sont venues me voir en disant : « Mais il est vraiment nul ton mot ! ». Sauf que quelques secondes plus tard, elles étaient dans la salle de bain …

 

La seconde fois, j'ai laissé ceci dans la pièce dédiée: « J'aime sentir bon, merci de tirer ma chasse d'eau ! Signé : Les Toilettes ». Là encore, une fois les mots compris, j'ai entendu quelques protestations : « Mais ça peut pas écrire, des toilettes ! ». Depuis, les rares fois où la chasse d'eau n'était pas tirée, il me suffisait de rappeler : « Tiens, les toilettes ne doivent pas être contentes, ça ne sent pas très bon ici ! ».

 

Ce qui me plaît, c'est le côté ludique, mais aussi le fait de traduire un début de colère par quelques mots simples, drôles et parfois tendres. C'est une nouvelle expérience pour moi, une façon efficace de désarçonner la Bête, avant même qu'elle soit en selle !

 

 

 

Et toi, tu as des astuces sous le coude pour désamorcer des situations périlleuses ?


Retour à l'accueil