spirale

 

Je ne sais pas si c’est la chaleur des derniers jours qui me monte à la tête. Pourtant ce n’est pas comme si on ne l’attendait pas, ce beau soleil. En même temps, et pour être honnête, ma rogne ne date pas de deux jours. Elle s’est peut-être juste un peu élargie. Aujourd’hui, non seulement je monte dans les tours aussi vite qu’un TGV non soumis aux gestes de malveillance qui détraquent le trafic, mais en plus, le moindre détail me saoule.

 


Ah oui, parce que je ne t’ai pas mis au parfum. Le retour des petits trésors, après leur escapade campagnarde, a vite envoyé bouler le semblant de zénitude retrouvé. Parce qu’ils sont comme ça, les mômes. Ils te réservent des retrouvailles limite larmoyantes, te sautant dans les bras et te couvrant de baisers et de câlins. Ça c’est pour la première heure. S’ils sont généreux. Ensuite, ils ne se gênent pas pour te rappeler à l’ordre. Parce qu’il ne faudrait pas que tu oublies ton rôle de parent, quand même. A toi les joies de re-poser des limites. De ré-énoncer la nécessité d’être poli. De ré-expliquer que tes oreilles ne supportent vraiment pas les sons supérieurs à 60 décibels. Le tout avec calme et diplomatie bien sûr. C’est ça le plus délicat en fait, garder ton calme. Parce qu’en fait, tu t’étais (trop) bien habitué à la quiétude ambiante d’une maison sans enfant. Et le retour à la normale est délicat. D’où le temps d’adaptation nécessaire pour réapprendre à vivre en communauté. Quelques jours sont suffisants pour que chacun retrouve ses marques. Des jours quasi insupportables pour tous, puisque chacun a besoin de se réaffirmer. Mais ensuite, ça passe. Heureusement.

 


Mais au-delà de ma progéniture, c’est tout le temps que je suis irritable. Et irritée. Non, je n’ai pas besoin d’une crème hydratante, je te remercie. A choisir une crème, je la voudrais plutôt efficace contre les boutons. Qui envahissent à nouveau ma peau. Merci le soleil et les écarts en chocolat que je me suis accordée récemment. A croire que le moindre plaisir engendre des effets secondaires. Enfin non, j’en connais au moins un qui n’entraîne que délectation et relaxation. Bref, je m’égare. Je disais donc que tout m’énerve. Et en fait de tout, je devrais plutôt dire tout le monde. A croire que la planète est remplie de râleurs en tous genres. Et moi, ben je déteste les râleurs en série. Sauf que, pas de chance, j’en ai une qui partage mon bureau. Et que, pas de chance bis, elle n’est pas en vacances. Pire, elle part après moi, et donc râle 1) de ne pas y être encore alors qu’elle en a vraiment trop besoin, et 2) de devoir passer une semaine quasi seule au boulot puisqu’on est nombreux à partir la semaine précédente. Et moi, les râleurs, tu sais ce que ça me fait ? Et ben oui, dans le mille Emile, ça me fait râler aussi !!

 


Il faut savoir que j’ai gardé une part d’enfance. Alors non, pas dans l’insouciance, ni même dans l’imagination et le lâcher-prise. Si tu me suis depuis quelques temps, tu le sais dajà. Moi, même gamine, j’étais désespérément sage et  posée. Mon côté gamin je le tiens plutôt du fait que je sois une éponge émotionnelle. Alors si j’ai la chance de partager mon bureau avec quelqu’un d’enthousiaste, de joyeux, de drôle, ça me va bien. Mais avec la chance que j’ai, je tombe plus souvent sur des gens pas drôles, voire sur des paranos qui s’imaginent que le patron est là uniquement pour leur mettre des bâtons dans les roues. Et à force de les côtoyer, jour après jour, je finis inéluctablement par broyer du noir. Sympa, non ? Bon, à choisir je préfère ma râleuse du moment. Ça tombe bien, parce que notre cohabitation risque de durer un certain temps. Il faut dire qu’elle a des périodes plus fastes que d’autres. Et que je peux toujours aller prendre l’air en cas de besoin. Allez discuter avec d’autres personnes moins…, ou plus…  Enfin tu vois ce que je veux dire.

 


Le problème dans tout ça, c’est que mon agacement, je n’arrive pas à m’en débarrasser comme je voudrais. Du coup, c’est l’effet boule de neige. Je contamine les autres, contre mon gré, avec ma mauvaise humeur. Cool. Je le sens bien, par exemple, dans les réponses que me fait Grandhomme. Sa retenue et le choix des mots qu’il utilise, pour ne pas me blesser ou m’énerver davantage, je les reçois cinq sur cinq. Ce qui me fait dire que j’en suis toujours au même point. La même que quand j’étais en cinquième et que ma prof (détestée) de français / grec me faisait remarquer mon agressivité verbale. La même que lorsque mon first boy-friend comparait mon regard à une arme à feu. La même que quand on me parlait de mon pli sur le front, digne d'un panneau « Attention, danger ». La même que je suis sans doute restée aux yeux de mes sœurs. La gamine en colère quoi. Moi qui croyais avoir dépassé tout ça, qui me félicitais même d’être particulièrement facile à vivre. Voilà que je retombe dedans, la tête la première.

 


Mais j’ai grandi, je sais rebondir. Alors je peux dépasser tout ça. On y croit. Rien de tel qu’une musique lente et douce, et mes doigts sur le clavier, pour exorciser. Et surtout, penser aux vacances qui approchent. A ma commande de livres de l’été qui va vite arriver. Que même s’il y aura mille et une choses à faire, à commencer par un grand ménage qui s’impose, ce sera à un autre rythme. Qu’on pourra tous se détendre, prendre notre temps. Et que même, d’ici là, il y aura des occasions de s’évader. De profiter d’un pique-nique entre amis. De se défouler. De rire. Et d’oublier.

 


Et toi, retrouve-tu parfois l’enfant enfoui en toi ?


  

Retour à l'accueil