Au moment où je t'écris, je suis encore sous l'emprise. Je ne sais pas par quel miracle j'ai pu rentrer chez moi, prendre la route dans cet état, ce n'est vraiment pas sérieux. Je viens de coucher mes enfants, de leur faire un gros câlin chacun, de leur dire à quel point je les aime. La défonce, ça me rend tout love. Un truc de ouf. Mais avant que tu n'appelles le 119, laisse-moi te rassurer. Ma dope à moi est tout ce qu'il y a de plus légal. Elle a le doux nom d'émotion. Je viens de vivre une journée que me semble irréelle tellement elle était belle. Rien qu'en la racontant à Grandhomme, les larmes sont montées. Pourtant je ne suis ni enceinte, ni jeune maman. Même si ça a à voir avec la famille.

 

 

Il y a quelques temps, je me suis inscrite à cette rencontre en me disant que ça pourrait être sympa. Comme ce n'était pas loin de chez moi, à une date stratégique, il me semblait dommage de louper ça. Ce matin, quand le réveil a sonné alors qu'on était samedi, je ne l'ai même pas maudit. Une fois dans la voiture je me suis dit que c'était étonnant de ne pas entendre cette petite voix qui fait douter. Celle qui te demande ce qui te prend de quitter le cocon familial alors que tu vas vers l'inconnu, vers des inconnus, à cette heure indue. Pourtant, cette voix-là s'est tue. J'étais certaine que cette décision, prise sur un coup de tête, de participer aux premières rencontre neuronales Parents 2.0 organisée par les Vendredi Intellos (VI pour les intimes), était une bonne décision. Et pour une fois, mon intuition ne m'a pas trompée. Bien au contraire.

 

Avec un tel intitulé, tu imagines peut-être des gens d'un certain âge, lunettes sur le bout du nez, parler philosophie dans un langage tout à fait incompréhensible. Et ben tu te goures. C'est tout le contraire. Cette rencontre de parents blogueurs (ou pas), c'était juste un petit délice. Un feu d'artifice dans ma vie de maman, dans ma vie de femme.


steve.grosbois / Foter / CC BY-NC-SA

 

C'était d'abord une occasion inespérée de rencontrer, en vrai, des blogueuses telles que Mme Déjantée, Maman Mais Pas Seulement ou La Farfa que je lis depuis plus ou moins longtemps et dont je suis une grande fan. De discuter avec elles comme si on se connaissait depuis longtemps. De mettre des visages sur des pseudos. Et d'être encore plus fan, mais moins anonymement.

 

 

C'était aussi un moyen de découvrir d'autres blogueuses lues et parfois commentées sur le blog participatif des VI (Madame Sioux ou Phypa pour ne citer qu'elles). Et d'autres mamans ainsi que des intervenantes invitées pour l'occasion. Et ce partage de parentalité, ça n'a pas de prix. Se rendre compte, en l'espace d'un instant, qu'on est sur la même longueur d'ondes sur la façon d'aborder son rôle de parent. Que nous nous posons les mêmes questions, essayons de trouver des réponses de la même façon. Ressentons la même ambivalence entre vouloir faire au mieux pour éduquer nos petits et être perpétuellement remis en cause dans nos choix par autrui.


 

Tout cela se partage au détour d'un café, d'un quizz interactif autour d'Internet comme lieu de ressources pour les parents, d'une pause gourmande, d'un exposé sociologique pour savoir qui sont les parents d'aujourd'hui, ou d'un débat sur l'entraide et la famille élargie. La journée passe en un éclair, et à chaque prise de parole de l'une ou l'autre (avouons-le, les pères sont en légère infériorité numérique, à peu près un pour neuf mères), une évidence se fait jour. Nous sommes toutes dans les mêmes ressentis, les mêmes vécus, les mêmes sentiments. Peu ou prou. Nous qui, chacune derrière son écran d'habitude, essayons d'écrire sur ce qu'on vit au quotidien, se sentant parfois seules ou incomprises, nous voilà réunies. Et pour autant, nous ne sommes pas exactement en symbiose. Nous apprenons les unes des autres, nous partageons nos expériences. La ligne directrice est la même, mais les opinions diffèrent parfois. Comme sur le blog des VI, chacun s'exprime dans le plus grand respect de l'autre, en toute courtoisie. Chacun à sa légitimité à prendre la parole. Personnel de la petite enfance, sociologue, conseillère à la Leache League ou seulement parent, nous sommes tous au même niveau.

 

 

Je ne pas les mots pour dire clairement ce que j'ai ressenti, les émotions qui m'ont envahies. Mais c'était particulièrement fort. Comme si je venais de découvrir le saint Graal. Enfin, je pouvais parler librement de maternage, de pression maternelle, de culpabilité, de mères au bout du rouleau, et j'étais instantanément comprise. Pas besoin d'expliquer en long, en large et en travers pourquoi j'avais pratiqué le portage et l'allaitement. Il me suffisait de tourner la tête d'un côté ou d'un autre pour voir des bébés portés (Petit Diable aurait été tellement comblée) et des bébés au sein. Le tout avec un naturel et un respect incroyable. Des enfants jouaient dans la salle de jeu attenante, calmement. Je n'ai pas entendu un cri de parent. Pas un hurlement d'enfant. Comme en écho au bonheur des parents à se (re)trouver.

 

 

Alors je suis bien consciente que cette rencontre était celles de privilégiés, que tous les modes de parentalité n'étaient pas représentés et que nous étions sans doute un petit échantillon d'une certaine communauté de parents. Mais quel bien ça fait de se retrouver parmi ses pairs ! Voilà qui me conforte dans l'idée que je suis sur le bon chemin dans mon approche de la parentalité. Qui me donne encore un peu plus de courage et de force pour continuer d'avancer. Cette journée a alimenté mon feu intérieur et me donne suffisamment de combustible pour être au chaud tout l'hiver. D'autant plus que des amitiés ont peut-être été initiées, que des invitations entre mamans ont été lancées. Et qu'elles ne resterons pas vaines, c'est certain.

 

 

 

A l'issue de cette rencontre, les émotions ont pris le dessus. Donnant aussi leur place à ces autres émotions, refoulées, autour de décès périnatals qui m'ont touché, même de loin, ces derniers mois. J'ai également une pensée très émue pour cette nouvelle-née qui se porte si bien aujourd'hui, alors que sa venue au monde a été si délicate, et que je n'ai même pas pu être là pour accompagner sa maman qui en avait pourtant bien besoin... Foutu acte manqué qui m'a éloigné de mon portable ce jour-là.

 

 

Alors rien que pour ancrer cette journée mémorable dans le marbre, j'emprunte à ce film, qui m'a également tant bouleversé il y a quelques années, son titre, pour le faire mien. Et pourquoi pas une nouvelle rubrique pour Se souvenir des belles choses ?

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