Il n'est pas rare qu'on me demande si c'est différent d'avoir une fille ou un garçon. Et je ne sais jamais trop quoi répondre à cette question apparemment innocente. Parce que ce qui différencie mes deux bambins, ce n'est pas seulement leur genre.

 

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Bien sûr, la relation entre une mère et une fille est nécessairement différente d'avec son fils. En tant que nana, je sais plus ou moins par quelles étapes Choupette passera. J'imagine que je saurai trouver les mots, anticiper ses questionnements pour tout ce qui concerne la féminité. Mais pas seulement. Je perçois ce qui se cache derrière sa jalousie pour son petit-frère. Je comprends son chagrin devant ce qu'elle prend pour des injustices. Même si beaucoup de choses m'échappent puisque j'ai quitté l'enfance depuis bien longtemps, je suis touchée par ses émotions. Comme si elle était un peu un prolongement de moi. Avec nos ressemblances et nos différences.

 

 

Avec Bonhomme, je n'ai pas les mêmes repères. Mon frère étant plus âgé que moi je ne l'ai pas vu grandir. Ou de loin. Je n'ai donc pas la même impression de déjà vu. Je ne sais pas comment se forment ses émotions, ses réactions. Je ne sais pas anticiper son comportement. Il est mon p'tit loup, mais je ne sais pas tout de lui.

 

 

 

Sauf que je te l'ai dit, ce n'est pas qu'une histoire de genre. Ils ont aussi des caractères très différents. Il se trouve que j'ai mis au monde une mini-moi. Avec le même caractère de cochon, la même sensibilité. Alors forcément, ça rapproche.

Est-ce que Bonhomme est le portrait craché de son père ? Je ne pourrais pas te dire, je n'étais pas là quand il était môme, Grandhomme. Mais ils partagent des traits communs, c'est indéniable. Ils sont posés et sacrément ingénieux tous les deux par exemple. Et s'entendent à merveille.

 

 

 

Et puis il y a aussi leur rang. Je ne te parle pas de leur classement alphabétique ou de leur degré d'aptitude à faire tourner leur mère en bourrique. Pour ça ils sont très forts chacun à leur manière. Non, je te parle de leur ordre d'apparition dans la famille. Du fait que l'aîné, le cadet et le benjamin ne sont pas tous au même régime, qu'on le veuille ou non. Idée déjà évoquée dans le billet A ta place , de façon bien plus drôle qu'aujourd'hui d'ailleurs. Sans parler aussi de la question de l'âge. A six ans les attentes ne sont pas les mêmes qu'à trois. Les comportements non plus. De fait, la réponse parentale s'adapte.

 

 

 

 

Bon, c'est bien beau tout ça, mais au final qu'est ce que ça change, tu me diras ? Ils sont différents, mes relations avec chacun d'entre eux sont différentes, et alors ?

 

Et bien ce qui me chagrine, c'est que je ne me sens pas paritaire dans mes comportements, mes réactions face à elle et face à lui.

 

Paradoxalement, tout en étant plus proche de Choupette, je crois que parfois (souvent?) je suis un plus dure avec elle. Je m'impatiente plus vite, je monte le son plus souvent (d'où l'histoire des galets rouges). Je dis non avant même la fin de la question. Pourquoi ? Parce que nous sommes du même genre, du même caractère, qu'elle est l'aînée ? Un peu de tout ça ? Comme si ça me donnait de la légitimité. Comme si une mère devait toujours en attendre plus de sa fille, aînée, qui lui ressemble.

 

 

Le décalage entre Bonhomme et moi, au lieu d'être un frein, est un atout. Comme s'il m'était plus facile de le prendre tel quel. Notre relation est plus simple, plus fluide. L'attrait de l'inconnu je suppose. Qui fait qu'on a vite tendance à s'émerveiller devant le moindre progrès. Mais en même temps, son degré d'autonomie associé à sa proximité avec son père, ne m'aident pas à franchir la distance. Comme si je le regardais évoluer de loin. Comme si ça rendait plus difficile de faire un pas vers lui.

 

 

Est-ce ce genre de choses qui fait que certaines mères mettent leur fils sur un piédestal et lui trouvent toujours des excuses, tandis qu'elles accable et dénigre leur fille ?

 

 

Sauf que je ne veux pas devenir comme ça. Il n'en est pas question. Ce serait nier ce qu'ils sont réellement, l'un et l'autre. Heureusement, le fait d'en prendre conscience m'aide à rééquilibrer les choses.

 

D'une part lâcher du lest avec Choupette. Me rappeler que non, je ne la connais pas par cœur, et que oui elle a encore des tonnes de choses à m'apprendre sur elle. Que c'est à moi de les saisir, de lui laisser l'occasion de me les montrer. De privilégier les moments de partage et de jeux. De mettre en sourdine les jugements, remontrances et autres désobligeances.

 

D'autre part ne pas tomber dans la fascination avec Bonhomme. Assumer les limites qu'on lui pose et dont il a besoin. Ne pas me mettre au second plan derrière Grandhomme au prétexte que Bonhomme ne jure que par lui. Accepter les colères d'un enfant de trois ans pour ce qu'elles sont et savoir y répondre sereinement.

 

 

 

 

Finalement je me rends compte que, de la même façon qu'on peut être différent dans la vie privé et la vie pro, j'utilise des facettes distinctes selon que je suis avec ma fille ou avec mon fils. Il est grand temps que je leur montre à chacun l'étendue de ma palette maternelle.

 

 

 

Et toi, es-tu la même personne avec chacun de tes trésors ?


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