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On était mercredi, la journée des enfants. Il était environ 14h10 quand on a décollé de la maison dans notre fusée à réaction. Les enfants, sanglés à leurs sièges, avaient interdiction d'ouvrir la bouche sous prétexte de concentration intense du pilote, j'ai nommé moi-même. Bien évidemment, ils en firent fi et me posèrent toutes sortes de questions d'importance majeure à leurs yeux. « Maman, t'as vu le tracteur ? C'est le même que papy sauf qu'il est rouge ! T'as vu maman ? T'a vu maman ? ». Je les implorais donc de se taire pour éviter un crash en plein ciel. Peine perdue, je montais le son de la radio ...


Une fois l'alunissage parfaitement maîtrisé (je t'ai pas dit que je travaillais sur l'astre qui illumine nos nuits?), nous avons fait un petit tour du propriétaire. Histoire de montrer aux petits où leur chère maman passait ses journées. Et qu'elle pensait bien à eux eu-égard à leur photo sur son bureau. Et que non, tout le monde ne conduit pas un tracteur pendant ses heures de labeur.

 

Puis, direction la salle de réunion transformée en salle des fêtes pour l'occasion. L'heure du pestacle était arrivée. Première étape de l'après-midi, la plus attendue aussi. Surtout que j'avais subtilement évité d'annoncer à l'avance la venue du Grand-Barbu et de ses cadeaux par milliers. Le pestacle fut d'une grande qualité, ce qui ravit toute la communauté. Quel plaisir de voir mes p'tits loups attentifs et attendris, les yeux illuminés et le sourire accroché. Je fus récompensée de ma laborieuse matinée.


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Sauf que (mais pourquoi en faut-il toujours?) les festivités n'étaient pas terminées. Le Grand-Barbu a donc fini par débarquer, distribuant des papillotes aux bambins affamés qui se ruaient vers lui. Les miens faisaient partie du lot, mais n'en ayant jamais trop, lui collaient au basques pour en attraper d'autres. La cohue était intense et ma paire d'yeux insuffisante pour localiser ma progéniture. Je ne savais pas encore que ça deviendrait mon problème majeur. Une fois rattrapés et canalisés, le goûter fut déjà réclamé. Mais il fallait d'abord écouter la chorale et attendre que la salle des fêtes se métamorphose en buffet.


Pendant que la grande tapait du pied et perdait patience, le petit s'attaquait aux boules du sapin. J'aurais bien voulu présenter ma charmante famille aux collègues alentours, mais je préférais me faire discrète vu les circonstances. En essayant de limiter les dégâts d'un côté, et la colère naissante de l'autre. Finalement lassé de tourner autour du Christmas Tree, Bonhomme décida de jouer de sa petite taille pour se faufiler dans la foule. Il fallait prendre une décision : rester avec la grande ou courir après le garnement ? Il faut dire que les lieux étaient propices à l'évasion : une grand hall ouvert sur des couloirs, des escaliers et autres bureaux de parts et d'autres. Oui tu sais, sur la lune il y a du boulot, nous sommes nombreux à veiller à ce que l'astre suive bien sa trajectoire et respecte le calendrier. Et nos bureaux sont fonctionnels mais non-adaptés aux galopins galopant. Bref. Moi qui pensais que junior resterait collé dans mes bras, je passais plutôt mon temps à lui courir après. Je n'ai rien contre le sport en même temps, mais dans les couloirs de mon lieu de travail, c'était étrange comme situation.



Une fois le buffet ouvert, Choupette fut la première servie, tu te doutes bien. Sauf que (encore lui) les différents mets proposés ne lui convenait pas. Sauf les papillotes. Va pour un goûter à base de papillotes, mais tu ne viendras pas te plaindre de maux de ventre ce soir, fillette ! Pendant que je continuais à courir derrière mon fils, j'entendais par bribe les autres suppliques de ma fille.

  • "Et pourquoi les autres ils ont des cadeaux et pas moi ?" (parce qu'il faudrait d'abord que j’arrête de courir pour pouvoir aller les chercher)

  • "Moi aussi je peux faire une photo avec le Père Noyel ?" (dès que j'aurais rattrapé ton frère, c'est qu'il court vite le gamin, j'aurais pas du le faire dormir avant!)

  • "Mon cadeau il est tout nul, les autres en ont des mieux !" (t'inquiète, t'en auras d'autres le jour de noël, mais là tout de suite, si tu pouvais arrêter de râler, ça m'arrangerais)

Dans un moment de répit, j'ai pu attraper un petit four et commencer un semblant de conversation entre collègues, mais c'était sans compter l'endurance de mon fils. Je ne savais même pas où il avait disparu. Mais pourquoi laisser les portes grandes ouvertes aussi, je te le demande ! Je finis par le trouver, seul au milieu du groupe, en pleurs. Pauvre loup, il ne trouvait plus sa maman, et personne pour le consoler ! Allez, un câlin, un bisou, un mars, enfin un croissant, et c'était reparti.

 

La fin d'après-midi fut du même acabit. Du bruit, de la chaleur, des courses poursuites, des râles, des rattrapages in extremis en haut des escaliers... Une partie de plaisir quoi. Et comme toujours, au moment du départ, c'est la crise.

"Non je veux pas partiiir !! Je veux continuer à jouer avec les filles là, ou tout du moins les regarder jouer parce que je suis trop timide pour leur demander si je peux jouer avec elles !!"

Bref. On a fini par y arriver, à réinstaller tout le monde dans la fusée, toujours bien sanglés. On avait à peine décollé que la grande dormait, alors que le lutin a chantonné tout le trajet inter-galactique.



Au retour du père (de famille, pas Noël), il trouva les enfants fort excités (et sans doute sa moitié fort fatiguée) et s'étonnait de leurs nouveaux jouets. C'est qu'il avait oublié, lui, quel jour on était. Mais Mère Lacunaire décida à l'unanimité que l'année prochaine, il serait de la fête lui aussi.

Pourquoi lui faire rater une aussi belle journée ?!



Et toi, une épopée à nous raconter ?

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