Voilà deux semaines que je n’ai pas touché terre, pas eu une seconde pour poser mes doigts sur ce clavier. Il faut dire qu’au moment où j’écrivais mon dernier Etre mère, j’ai appris le décès de mon grand-père. Et je ne m’attendais pas à toutes les émotions et la fatigue qui ont suivies.


Il avait presque 95 ans, a vécu une belle vie, une carrière passionnante, une grande famille, une retraite dorée. Même sa mort a été parfaite : son cœur s’est arrêté, simplement.


Pourtant, l’annonce nous a tous ébranlé. Et oui, notre papy n’avait pas de signe particulier laissant penser que, si ce n’est son âge bien sûr. On pensait d’ailleurs qu’il survivrait à son épouse (comme il l’appelait) qui a une santé un peu plus fragile.

 

Sur l’instant, je me suis simplement dit que c’était dans l’ordre des choses. Je savais que ça arriverait, c’était quelque part, dans un coin de ma tête. Et pourtant, dès les demandes enfantines qui ont suivies (on était mercredi), j’ai compris que je n’aurais pas la tête à jouer / trouver des idées / départager / négocier avec les plus-si-minis. Alors je leur ai expliqué la situation. Ils ne connaissaient quasiment pas leur arrière-grand-père, et ils n’ont pas été vraiment touché par ce décès. Miss a quand même posé un certain nombre de questions au sujet de l’enterrement et de ce qui précède. Mais elle a eu bien du mal à comprendre pourquoi j’étais sans cesse dans ma bulle, pas aussi disponible que d’habitude.

 

dans-ma-bulle.jpg

 

D’ailleurs la journée suivante, ma concentration a continué d’être défaillante, côté boulot. On était tous en train de s’organiser, de s’appeler, de s’inquiéter pour mes parents qui étaient sur place. Une fois le planning défini, les choses se sont un peu calmées et le quotidien a repris ses droits.


Puis est arrivé le moment des adieux à notre aïeul. J’en garde un souvenir de larmes et d’émotions d’abord. Beaucoup plus que je n’aurais pensé. Après tout, il avait vécu presque un siècle ! Mais c’était sans compter que pour quatre personnes, c’était leur père qui s’éteignait. Et que dire de ma grand-mère qui a vécu à ses côtés durant 72 ans ! Et puis, mine de rien, même si on est plus distant du défunt, on ne peut s’empêcher de se projeter. Qu’en serait-il s’il s’agissait de mon père ? de mon mari ? Donc oui, bien sûr, quel que soit l’âge ou la situation, l’émotion est là.


Mais ces moments-là ont aussi été l’occasion d’une belle réunion de famille, durant laquelle le partage et le rire ont cohabité avec les yeux humides. Tout le monde a fait son maximum pour être présent, d’une façon ou d’une autre. Le téléphone a beaucoup sonné, de nombreux mails ont été échangés. C’est dans ces moments-là que les sentiments se disent plus facilement. Les attentions de chacun, les mains posées sur les épaules. Toutes ces petites choses en disent long, surtout dans une famille où les mots d’affection ne sont pas naturels.

 


Voilà une semaine que la vie a repris son cours, et je dois dire que je reste encore un peu en suspend, encore un peu dans ma bulle. Comme si j’étais enceinte, la moindre phrase ou image me font monter les larmes. Mais c’est aussi l’occasion de me rendre compte, à nouveau, de la chance que j’ai d’avoir deux enfants épanouis et un mari formidable. Alors oui, en ce moment j’ai un peu plus d’idées noires qui me traversent. Et parfois je me dis que je recommence comme en 2013 (où janvier était le début d’un long cycle de mal-être). Mais ça ne dure pas. Parce que s’accorder un peu de tristesse, faire son deuil, ça n’a rien à voir avec se laisser aller. Et je sens bien qu’au plus profond de moi, l’énergie, l’envie et la combativité sont bien là et vont vite refaire surface. D’ailleurs chaque jour je me sens un peu plus vive, c’est plutôt bon signe, non ?


Retour à l'accueil