Je me suis rendue compte récemment à quel point la musique était importante pour moi. Pourtant on ne peut pas dire que j'ai été éduquée dans cet esprit, enfin pas tout à fait.


Enfant, la musique était proposée en première intention comme activité extra-scolaire, le sport apparaissant en seconde position loin derrière... Sans doute qu'un musicien prodige aurait été mieux accepté qu'un footballeur prodige ?! L'histoire ne le dit, pas de prodige chez nous.


Pour preuve, toute la famille y est passée, avec plus ou moins de succès et de plaisir diront certains. Pourtant assez peu de musique résonnait dans la maison, du moins avant que chacun ait droit à son radio-cassette attitré (hé oui, bienvenue dans les années 80 !). En tous cas rien d'autre que du classique malgré quelques rares chansons de Brel ou Brassens n'émanait du salon familial.

 


Bref, j'ai commencé le piano relativement tard, à 9 ans, et j'ai beau chercher, je ne me souviens pas de ce démarrage. Avec le recul je me demande bien ce qui a pu me plaire, entre les cours de solfège ô combien barbants, et l'apprentissage instrumental tellement rébarbatif et répétitif les premières années ! Qui ne rêverait pas de ça pour ses enfants !


Pourtant il y a du y avoir un déclic improbable parce que je me suis accrochée et rapidement je me suis amusée. L'avantage et l'inconvénient de cet instrument c'est qu'il est solitaire. Avantage puisqu'on peut s'épanouir seul devant son piano (musicalement j'entends) et inconvénient parce qu'il n'y a besoin que d'un pianiste dans un orchestre ou tout autre ensemble d'instruments, ce qui minimise l'interaction entre musiciens. C'est donc en solitaire que j'ai appris le plaisir … Non, pas celui là, celui du mélomane, entendons-nous !


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J'ai commencé par apprendre à jouer de la musique classique, et j'ai aussi eu l'occasion de m'essayer au jazz et à l'improvisation un peu plus tard. Mais c'est vraiment le classique dans lequel je me retrouve le mieux. Mon côté scolaire sans doute, je m'exprime mieux dans un cadre bien défini je l'avoue, même si ça me fait mal de le reconnaître ! Les années ont passé et j'ai pris mon envol, non pas lyrique, mais mon indépendance quoi. Le piano, bien que moins transportable qu'une flûte à bec ou une guitare sèche, m'a suivi dans mes différents appartements, fidèle comme Lassie ! A vrai dire c'est le plus fidèle de mes compagnons à ce jour ! Aujourd' hui encore il est avec moi, il fait partie de la famille. Un peu vieux, un peu patiné, avec toutes les marques du passé : ici une trace de vernis à ongle récalcitrante, là quelques touches décollées, sans oublier les quelques cliquetis qui résonnent quand je joue à mon grand damne. L'idée de le remplacer m'a effleuré, et c'est en écrivant cet article que je me rend compte de l'importance de cet objet pour moi.



C'est dans doute difficile à comprendre pour un non musicien, mais l'instrument c'est réellement une manière de s'exprimer. Une sorte d'exutoire pour lâcher la pression ou extérioriser la frustration, la colère ou la tristesse. Et la joie aussi, ça arrive (ouf). Dans ma vie de nullipare j'ai passé quantité d'heures derrière ce piano, à m'exercer sur des sonates de Beethoven et des valses de Chopin, super fière quand j'en venait à bout ! Certains jours j'y revenais même deux fois, plusieurs heures par jour. Rien de tel qu'une séance de piano pour se vider la tête. S'il pouvait parler, il en aurait des choses à raconter mon piano !



Ma vie de primipare et encore plus celle de multipare ne me laisse pas vraiment le temps et l'occasion d'ouvrir le précieux couvercle en bois. D'autant plus que les marmots accourent dès la première note pour donner de leur talent. Ce sera à qui appuiera le plus fort et avec le plus de notes simultanées. Alors forcément, ça complique la tâche, et le plaisir devient frustration et énervement. Et le couvercle se referme bien (trop) vite.



Pourtant ces derniers temps, j'ai retenté l'expérience. Avec un seul enfant sous le toit, le plus grand de surcroît, ce fût une semi réussite. Semi parce que le message expliquant qu'il ne faut pas me demander de quel côté est la boucle du p de papa pendant que je joue n'est pas encore bien assimilé. Et non maman n'est pas disponible quand elle joue car elle a besoin de concentration. Attend la fin du morceau ma chérie, et promis, après je t'expliquerai qui a décidé que la lune s'appellerait Lune, ou du moins je tenterai de trouver une réponse.



Mais quand même, la puce a usé de toute la patience dont elle était capable (oui oui, elle peut le faire, quand elle veut), et elle a fini par trouver un intérêt à mon activité musicale en se mettant à chanter et danser en même temps. Et finalement, avec un peu d'entraînement, je suis presque arrivée à m'isoler dans ma bulle et à ne pas entendre les (fausses) notes émises par ma douce chérie à quelques mètres de moi !



Encouragée, j'ai refait un essai en présence de Bonhomme en plus de sa sœur. Je savais déjà qu'il me fallait d'abord supporter la phase « c'est moi qui joue » avant de pouvoir laisser courir mes doigts sur le clavier. Et finalement 3 minutes et 20 secondes plus tard une fois rassasié il m'a gentiment cédé le tabouret. Je ne sais pas si c'est son côté mélomane – car du haut de ses 2 ans Bonhomme chante parfaitement juste et reproduit de façon compréhensible tous les sons qu'il entend, contrairement à sa sœur qui chante commeun bidet – mais lorsque je joue il me fout une paix royale … Je vous ai dit que c'était mon préféré ?



Quoi qu'il en soit, j'ai fini par retrouver ma dextérité et donc le fameux plaisir de jouer. Je crois même qu'avec l'âge, j'ai compris comment utiliser davantage de nuances pour faire passer encore plus d'émotions qu'avant. Un peu comme dans la vie en fait. Comme quoi ça a aussi du bon de vieillir ! Et tout ça m'a bien sûr donné envie de jouer plus souvent, mais aussi de découvrir le bonheur de partager des notes avec d'autres. Alors dès que j'en aurai l'occasion, quand les marmots seront un tout petit peu plus indépendants, dans une dizaine d'années donc, je tacherai de me trouver d'autres musiciens bien sympa en quête d'une pianiste pas pro mais pas débutante non plus !



Et j'ai bon espoir que dans un lointain futur, peut-être, si l'envie leur prend, j'aurais l'occasion d'accompagner au piano ma progéniture, tandis qu'il/elle chantera ou jouera d'un instrument qu'il/elle aura choisi …





Et toi lecteur, quelle est l'activité qui te fais du bien et que tu n'abandonnerais pour rien au monde (ou que tu voudrais bien reprendre) ?



En commençant ce billet je pensais vous parler aussi de ma passion pour la musique que j'écoute en plus de celle que je joue, mais vu le roman ci-dessus, je vous réserve ça pour une prochaine fois.

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