mots 

Dans une vie de mère, qui n’est pas que de mer(d)e, loin s’en faut, il arrive inéluctablement que l’on soit confronté à une question ou une conversation par surprise. Non pas qu’on ne s’attendait pas à ce que notre progéniture prenne la parole. Non. Si tes enfants sont aussi bavards que les miens, tu sais depuis les premiers babillements qui commençaient à ressembler à des mots que la parole, c’est eux qui l’ont, eux qui la gardent. A tel point que tu n’arrives jamais à échanger plus de 3 monosyllabes avec ton amoureux sans être interrompu. Et que régulièrement, hier soir pendant le dîner par exemple, tu as droit à des réprimandes enfantines parce que tu as, je cite « coupé ma parole, et maintenant je ne sais plus ce que je voulais dire ! », exprimé sur un ton d’annonce de 3ème guerre mondiale. Donc non, tu n’es pas surpris que ton môme prenne la parole.

 

La surprise, elle vient surtout de LA question qui t’arrive dans la face sans crier gare. Le fameux « Comment on fait les bébés ? » quoi. Posé innocemment pendant que tu te bats pour que les œufs en neige montent, sans fouet électrique. Ou que tu changes une tuile sur le toit, bloqué en haut d’une échelle. Ou encore que tu tentes une mise à jour de ton dernier outil geek. Forcément. L’avantage de la tache compliquée, c’est qu’elle te donne une bonne raison de différer ta réponse. Histoire de prendre du recul, réfléchir à ce que tu peux dire, à ce que tu veux dire. Et aussi de sonder l’autre parent. Voire de lui refiler la patate chaude. (Allez, avoue, toi aussi tu y a déjà pensé.)

 

Pour ma part, j’ai décidé de prendre les devants. Oui je sais, je suis parfois maso. Miss savait déjà certaines choses sur la naissance, puisqu’elle avait plus ou moins assisté à celle de son frère (mais ça c’est une autre histoire). Mais en matière de sexualité, elle était vierge de toute information, si je puis dire. J’ai farfouillé sur le net pour trouver un bouquin adapté, et j’ai opté pour une encyclopédie, en prenant la version 4/6 ans et la version 7/9 ans. Pile les tranches d’âge de mes loulous. A réception, je me fais discrète, histoire de les feuilleter d’abord seule. Bien m’en a pris. La version pour petits bambins, sous forme d’histoire, aborde les choses du point de vue des animaux, sous prétexte de la naissance de chatons. C’est mignon, tout ça. Mais les passages concernant les humains sont un peu trop détaillés à mon goût. Je ne me vois pas raconter à mes tout-petits-plus-si-minis les détails du coït. Et puis de passer du coq à l’âne, ou plutôt de l’homme à la poule, c’est un peu étrange quand même. Ca prend du plaisir, une poule, d’abord ? Oui parce que le plaisir est évoqué. Bon, pour le coup c’est moi qui ne suis pas prête. Je planque le tout au fond d’un placard et je passe à autre chose.

 

Et puis quelques mois plus tard, un après-midi passé entre mère et fille à jouer et se taquiner, je sens que le moment est propice. Je ressors le tome 1 et nous commençons l’histoire. Miss est intéressée, elle connait déjà pas mal de choses concernant les animaux. Du schéma de l’anatomie féline, on passe à celle des hommes et des femmes. Pour l’instant tout va bien. Quand il s’agit ensuite de décrire comment, techniquement, on fait les bébés, un sourire se dessine sur le visage de Miss. Elle me regarde, étonnée. « Mais c’est pas vrai, maman, c’est pour rire, hein ? ». OK, je respire et je réponds le plus naturellement du monde (feint, le naturel, tu imagines bien). Elle passe alors par le rire, le dégoût, puis la réflexion. S’ensuivent un certain nombre de questions plus techniques et pratiques les unes que les autres. Sans parler des interrogations concernant Grandhomme et moi, auxquelles je réponds très prudemment et surtout pudiquement.

 

Honnêtement, si je n’étais pas tout à fait détendue durant ce tête-à-tête, ne sachant pas forcément quels détails évoquer et lesquels passer sous silence pour éviter de l'effrayer ou de la mettre mal à l'aise, c’était aussi très chouette de découvrir ses réactions, ses émotions, et ses questions. Et son naturel, à elle. N’ayant pas eu la chance d’avoir eu ce genre de conversation, enfant, j’étais contente (et fière, un peu, aussi) de vivre celle-ci avec ma fille, et d’en être à l’initiative. J’ai eu un peu l’impression d’ouvrir une porte. C’était l’occasion de lui dire qu’elle pouvait venir me demander tout ce qu’elle voulait, que je serai toujours là pour lui répondre, même si ça pouvait être difficile pour elle comme pour moi.

 

Depuis, à plusieurs reprises, c’est Miss qui a abordé le sujet. L’occasion pour nous d’éclaircir certains points, de rassurer sur le fait que oui, elle pouvait avoir un amoureux, si elle voulait, sans avoir à se soucier des aspects sexuels à son âge. (Tu m’étonnes…). D’ailleurs, au détour d’une leçon pour l'école au sujet des être vivants, la reproduction était l’une des quatre conditions nécessaires pour en faire partie, des êtres vivants. Là, j’ai su que j’avais bien fait d’aborder le sujet avant, sinon on aurait eu droit à la question fatidique, entre le bain et la préparation du repas, et j’aurais été encore moins détendue.

 

Il semble donc que le message du « ce n’est pas sale » soit passé. Et que le tabou de la sexualité dans lequel j’ai plus ou moins été élevée, soit levé. Victoire !

 


C'était ma contribution aux Etre mère, de Babidji.


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