Les enfants évoluent par phases. Quel que soit l'âge de ton môme, tu as sûrement déjà constaté que ces périodes de quelques heures, jours, semaines ou mois sont plus ou moins agréables. La phase des fameuses « coliques » d'avant 3 mois semble s'éterniser, tandis que celle des premiers babillages ne dure qu'un battement de cils.

 

En fait, tout ça n'est qu'un effet d'optique. Comme dans le reste de la vie d'ailleurs. Une journée de boulot sur un projet exaltant paraîtra toujours bien plus courte que la veille, chargée de réunions soporifiques à souhait.

 

En matière de gônes, les cycles bénis faits de journées douces et calmes, sans cri ni velléités enfantines de déménager toute la maisonnée, sont suffisamment rares et courts pour qu'on les remarque. Encore faut-il s'en souvenir lors de la phase suivante, sa parfaite ennemie. Se dire que ça ne durera pas, que c'est la fatigue de la fin de trimestre (ou toute autres excuse du même acabit), que la prochaine période sera forcément plus faste, c'est vital pour endurer sans criser.

 

cycle.gif

 

Sauf que, parfois, ce n'est pas suffisant. Rappelons que le parent n'est qu'un être humain, égoïste et versatile. Un enfant devenu adulte, en somme. Et s'il endurera avec bravoure et patience la première frasque de la journée, rien ne garantit qu'il en sera de même après une minute, une heure ou une semaine. Parce que, mine de rien, même si les enfants ne sont que des enfants, que leurs demandes et sentiments sont aussi légitimes que les nôtres, parfois certains comportements répétés usent la corde sensible jusqu'au trognon.

 

Tu l'auras compris, je suis en mode « bout du rouleau ». D'où mon silence radio de ces derniers temps, d'ailleurs. J'ai commencé à percevoir en moi l’agacement s'insinuer. Petit à petit, il a grandit et s'est mué en énervement. La Bête s'en est nourrit et a commencé à distiller son venin, subrepticement. Les remarques acerbes, à droite, à gauche, l'évanouissement des sourires de courtoisie. Le silence aussi, et puis la fuite. Jusqu'à ce que la Bête, une fois rassasiée, finisse par sortir de sa caverne et fasse entendre sa voix. Un dimanche matin, un ras-le-bol général, des éclats de voix qui deviennent rapidement des aboiements. Une fois, deux fois. Des portes qui claquent. Et enfin, le lâcher-prise, les larmes, abondantes, si longtemps refoulées, salvatrices. Et avec elles, l'espoir que mon propre cycle prenne fin. Et pourtant.

 

 

Quand les « non » de ma fille face à mes demandes sont quotidiens. Quand les limites de l'autorité me poussent dans mes derniers retranchements. Quand le ton et les mots exprimés sont blessants. Quand le comportement de la fille fait étrangement écho à celui de la mère. Quand la confiance mutuelle semble réduite en miettes. Quand tout est à reconstruire.

 

Mes deux pieds ont touché le fond, les cris et les larmes ont été ma sonnette d'alarme. Il me reste à remonter. Vite et bien serait le mieux. Malheureusement ce n'est pas si simple. Disons que je nage de toutes mes forces, mais que le courant est contre moi. Je connais le chemin. Je sais pertinemment que si je retrouve les bons mots et gestes, si la colère s'éteint, la famille entière retrouvera son rythme normal.

 

Sauf que la Bête gronde toujours. Elle est là, prête à donner de la voix dès que possible. Réduisant à néant les efforts acharnés fournis. Permettant à la culpabilité que j'avais fini par mettre à la porte, de rentrer par la fenêtre.

 

Certes, les derniers mois n'ont pas été vains. Cete épreuve ne remet pas en question le chemin parcouru dans ma quête parentale. J'ai les clés en moi pour rouvrir les portes nécessaires. Mais avant ça, un duel est en cours avec la Bête. Je ne peux pas avancer tant que cette colère sourde m'assaille. Il me faut la dominer, lui coller un crochet du droit et un bon coup de genou dans les parties. Si seulement je pouvais la boxer réellement, ça éviterait un certain nombre de portes claquées, de jets d'objets (incassables, je te rassure), de coups de poings dans les coussins du canapé.

 

 

Et toi, elle a quelle tête ta propre Bête ? Des conseils pour en venir à bout ?

 


C'était ma participation aux  Être mère du mercredi, chez Babiji !

Retour à l'accueil