Hier soir j'ai pris une grande claque. De celles qui laissent des traces visibles pendant quelques jours. Pourtant la soirée s'annonçait des plus banales. Je cherchais quelque chose de distrayant à la télé. Je suis tombé sur une sorte de casting. Apparemment il s'agissait de Roméo et Juliette, version documentaire. J'étais prête à changer de chaîne parce que la préparation d'une comédie musicale version Kamel Ouali ou consort, très peu pour moi. Mais mon regard et mon oreille furent attirés par quelque chose. Le ton était différent des habituels castings qu'on nous balance sur les chaînes privées. Il se dégageait un côté plus humain, plus naturel. Et puis rapidement j'ai compris que le concept était novateur, et que le programme pouvait me plaire.

Le pitch (que j'ai compris au fur et à mesure puisque j'ai pris le programme en cours) :

"Le projet imaginé et expérimenté par la BBC anglaise consiste à monter Roméo et Juliette avec des lycéens, de seconde, première et terminale" explique Alain Sachs, le metteur en scène de la pièce, dans le making-of du documentaire. "Le principe était d'avoir deux lycées de factures différentes, d'identités différentes. Un lycée classique de lettre moderne qui développe toute une section théâtre et un lycée technique-professionnel où les lycéens ne sont scolarisés que le matin ce qui leur permet de développer plein d'activités personnelles et artistiques l'après-midi" ajoute-t-il.
(Source)

 


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Ce qui m'a d'abord interpellé c'est d'assister au montage d'une pièce de théâtre. Et pour cause. Faisant du théâtre moi-même, j'ai toujours aimé voir les personnages prendre chair au fur et à mesure des répétitions. C'est toujours émouvant d'assister à cette transformation, et ça donne une autre dimension aux représentations, un regard privilégié.



C'était d'ailleurs bizarre de voir des séquences qui sont totalement transposables à mon expérience. Les premières répétitions, le texte à la main, les comédiens mal-habiles et gauches. Les séances d'apprentissage du texte, d'abord pour s'imprégner des mots. Puis, les mêmes mots qui prennent vie peu à peu, dès lors qu'une intention est donnée. Intention que l'on cherche la plus vraie, la plus appropriée possible. Selon la façon dont le metteur en scène mais aussi le comédien conçoivent le rôle. Parce que les directives auront beau être super précises, si le comédien ne ressent pas les choses, ça ne fonctionnera pas. Le public n'y croira pas. On le ressent d'ailleurs dans les moments où les lycéens ne sont pas dedans. Quand Anaïs et Timothée ont bien du mal à mettre leur vie perso de côté pour jouer la scène du bal où Juliette et Roméo se volent des baisers. Toutes ces étapes délicates par lesquelles il faut bien passer avant de monter sur scène le jour J. Le trac qui monte alors que l'échéance approche. L'angoisse de ne pas être à la hauteur de l'enjeu. Et puis les déclics aussi. Toucher du doigt les petits détails qui rendent le personnage plus attachant, plus drôle ou plus crédible.



Là où ça m'a fait rêver, c'est bien sûr l'envergure du projet. Une préparation intensive sur quatre mois, avec un théâtre magnifique comme lieu de représentation. Peu de décors mais des costumes à faire pâlir. Des musiciens, lycéens eux aussi. Une mise en scène aussi audacieuse que le projet. Faisant évoluer les personnages à rebours, depuis notre époque jusqu'à celle de Shakespeare. Le tout pour une seule et unique représentation.

 

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Mais on est loin des acteurs professionnels qui travaillent une pièce. Et c'est bien là l’intérêt de ce documentaire. Qui rend les protagonistes si proches de nous. Ce sont des lycéens lambda ou presque. Certains prennent des cours de théâtre, d'autres pas, telle Anaïs qui tient le rôle de Juliette, en n'ayant aucune technique. Mais une présence et un charisme déments. Parmi les musiciens aussi on trouve des néophytes qui ont réussi le casting en jouant à l'intuition. Et ce melting pot fonctionne. A force de travail et d'implication. Et grâce au staff qui encadre, accompagne, motive et pousse la troupe dans ses retranchement quand nécessaire.




On découvre des ados qui jonglent entre leurs questionnements de djeunes, leur quotidien, et ce travail si particulier qu'ils doivent accomplir pour s'approprier la pièce. Cette pièce. Avec tout ce qu'elle suppose. Et ce n'est finalement pas les différences entre les deux lycées qui sont mises en avant. Au point que je n'avais même pas remarqué qu'ils étaient de natures différentes avant de le lire dans le pitch, en préparant ce billet. Ce sont davantage les enjeux d'une telle pièce pour chacun des protagonistes qui sont abordés. Comment jouer deux héros mythiques et amoureux sans être amoureux du comédien qui tient le rôle ? Comment regarder sa copine embrasser un autre, devant tout le monde, sans broncher ? Comment gérer le fait d'avoir un petit rôle secondaire quand on rêvait d'être Juliette ? On assiste à tous les états d'âme qui entourent ces jeunes durant les quatre mois que dure la préparation de la pièce. Et tous ces petits riens qu'on pourrait juger superflus nous tiennent finalement plus en haleine que la pièce elle-même. Parce que, mine de rien, en quatre mois il y en a des histoires de cœur qui se font et se défont. Pire que les Feux de l'Amour.


La suite au prochain épisode …


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