L’automne, ça signifie des moissonneuses qui sont de sortie, des tracteurs qui tirent des remorques pleines de grains, des séchoirs qui tournent en boucle et de gros tas de maïs qui attendent juste devant, dans lesquels des bambins viendront sûrement bientôt s’ébattre.

 

Tu te demandes où je veux en venir ? Et bien saches que Grandhomme est issu d’une lignée d’agriculteurs, et qu’une de ses « missions » est de venir aider à la ferme familiale lors de la moisson. J’aurais du le surnommer Géant Vert en fait. Il troque donc ses chemises bien repassées contre des sortes de guenilles « qui ne craignent rien ». Il se lève aux aurores pendant cette semaine de vacances, voire même en pleine nuit lorsque les automates du séchoir font des leurs.

 

Voilà d’où est né l’amour de Bonhomme - à jamais égalé - pour les engins de travaux agricoles. L’un de ses premiers mots fut ‘topic, abréviation de tracteur télescopique. Dès sa première année, il a accompagné son père dans cette semaine automnale à la ferme et passé des heures dans les tracteurs. Quant à sa sœur, ce qu’elle préfère c’est chahuter avec son cousin de la ferme, ou se faire des séances de coiffure et de jeux avec sa grande cousine ado. Mais depuis la scolarisation de Miss, Grandhomme et Bonhomme partent à la campagne tous seuls, période d’école oblige. Nous nous retrouvons entre filles, et profitons de notre temps libre pour courir au ciné, à l’aquarium, à la piscine.

 

Sauf que cette année le printemps tout pourri aura au moins eu ça de bon qu’il a repoussé la moisson jusqu’aux vacances de Toussaint. Nous voilà donc pour la première fois tous les quatre réunis pour participer aux hostilités. A nous les vieux jeans tout tachés, les épaisseurs de pulls à cette occasion réhabilités. Oui, enfin ça c’était pour aujourd’hui. Parce que c’était sans compter sur la pluie de ces derniers jours qui nous a obligé à patienter. Et oui, figures-toi qu’une batteuse, ça peut s’embourber. Et vu comme c’est gros et lourd comme engin, même le meilleur des tracteurs aurait du mal à la sortir du champ. Donc après une seule journée de coupe, juste avant notre arrivée, nous avons du trouver à nous occuper autrement. A nous les jeux de société, les loisirs créatifs et les raccommodages en tous genres (enfin ce dernier point c’est surtout pour bibi). Mais surtout pour les filles, parce qu’en bons bricoleurs, TrèsGrandHomme, GrandHomme et Bonhomme ont bien sûr trouvé de quoi s’occuper à l’atelier. C’est bien simple, depuis notre arrivée il suffit de voir la tête de l’un pour qu’apparaissent dans la seconde, la tête des deux autres. Les Daltons en somme. Sauf qu’ils sont trois. D’un bout à l’autre de la chaine, de l’aîné au dernier-né. Tout un symbole.

 

De notre côté, nous avons fini par opté pour une séance de ciné. J’ai pu emmener Miss et son cousin voir le dernier film de Jeunet. Quelle joie de leur faire découvrir ce réalisateur que j’affectionne tant ! Ce fut une première pour Miss que d’aller voir un vrai film et non un dessin animé. (Oups pardon, qu'un film d’animation, me dit-on dans l’oreillette.) J’ai eu peur qu’elle n’accroche pas quand, une fois son pop-corn avalé, elle m’a demandé si on en était au début ou à la fin.  Mais non, finalement elle a bien apprécié, et ses quelques questions n’ont pas empêchées les autres spectateurs de profiter de leur séance. Voilà, pari réussi, il ne me reste plus qu’à lui montrer Amélie Poulain. Après le visionnage d’E.T. il y a quelques semaines, voilà que j’ai envie de lui faire découvrir des classiques, du moins ma sélection de films inoubliables. Vu qu’on a un peu les mêmes goûts en matière d’histoires merveilleuses, nul doute qu’elle appréciera. Je nous vois déjà dans 10 ans partager nos bouquins et filer au cinéma dès qu’une adaptation sortira… Ca me changera, vu que pour l’instant c’est surtout seule que je dévore films et livres de ce genre.

 

Mais revenons au présent. Aujourd’hui, le soleil est de retour. Il n’est pas seul, il a convié son copain, le vent. Froid, le vent. Il n’empêche que Bonhomme est ravi, il a enfin pu remonter sur son copain de toujours, j’ai nommé vieux tacot ! Alors qu’il attendait que la moissonneuse remplisse la remorque de grain tout frais, je suis partie me balader avec les deux cousins, le long des champs. Le soleil nous aveuglait, le vent nous cinglait le visage, nos pieds étaient boueux, mais c’était si bon. Les voir courir au loin en essayant de me semer, complices comme jamais. Sentir l’odeur du grain à peine détaché de son épi, c’était si doux. De ces petits bonheurs qu’on voudrait emprisonner dans sa mémoire pour les jours moins roses.

 

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Les vacances à la ferme, voilà un plaisir que j’ai découvert avec Grandhomme, et que je suis heureuse de partager avec mes loustics. Même s’ils sont tellement à l’aise chez papy-mamy qu’ils sont parfois aussi imbuvables que chez nous. L’avantage, c’est qu’ils vont finir la semaine ici avec GrandHomme, alors que je repartirai pour quelques jours de tranquillité bien mérités.

 


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