Je sens bien que le suspens devient insupportable, alors je ne te fais pas languir plus longtemps et te dévoile le secret des galets.

Si tu ne vois pas de quoi je parle, le premier épisode est ici.

Alors, non, je n'avale pas un galet matin-midi-soir avec un grand verre d'eau. J'aurais bien aimé qu'il soit si simple de me débarrasser de mes rugissements récurrents. En fait il s'agit de donner la parole (enfin le geste) aux enfants. La consigne est simple : quand les parents aboient un peu trop fort, les petits peuvent mettre un galet rouge dans le pot(eau). A l'inverse, quand les enfants réussissent quelque chose, les parents cette-fois, mettent un galet bleu dans l'autre pot(aux-roses).

Cou de pot

Pour le rouge, il s'agit avant tout de matérialiser les débordements parentaux (surtout les miens vu que Grandhomme est un modèle de zénitude, même s'il a un ou deux galets à son actif). Mais pas question pour autant de mettre la pression aux enfants, genre « Tu as vu, tu as été tellement insupportable que maman s'est drôlement fâchée ». Non, il est clair pour tout le monde que le seul fautif ici est celui qui s'égosille. Pour un exemple concret de vocifération qui vaut un carton galet rouge, réfère toi au billet précédent (oui, encore lui). Le braillement impromptu prend également souvent naissance lors de la préparation matinale des enfants, minutée comme chacun sait.

Pour les galets bleus, l'idée est simplement d'encourager l'enfant, de le valoriser et de lui montrer qu'on sait aussi remarquer ce qu'il fait bien. Pas seulement ce qu'il fait mal et qu'on lui fait suffisamment remarquer sans avoir besoin de galets. Et accessoirement de ne pas mettre trop en évidence uniquement les écueils maternels.

 

Quelques exemples qui valent du bleu :

- Bonhomme mange tout un repas sans l'aide de sa môman.

- Choupette s'habille en cinq minutes chrono sans passer par les cases « je veux pas cette jupe-là ! » et « Tiens et si je jouais un peu avant de finir de m'habiller ? ».

- Bonhomme et Choupette jouent gentiment sans se disputer et sans faire claquer la maudite porte du placard.

- Choupette décide de se laver les dents sans qu'on lui demande.

- Bonhomme nous laisse lui laver les dents en ouvrant grand la bouche et sans mâchonner la brosse à dent. (Oui, le lavage des dents c'est toute une histoire chez nous)

Tu remarqueras qu'il n'y a qu'un seul récipient pour mes deux loupiots. Je ne voulais pas faire une compétition en proposant un pot(iron) chacun. Ni un sujet de dispute. C'est pas comme s'il n'y en avait pas déjà assez. Donc plus le pot(-de-vin) est rempli, plus les enfants, sans distinction, sont cools, dégourdis, patients, efficaces, lumineux, appréciables. Et ainsi plus les parents sont contents, zen, heureux, fiers, détendus, émerveillés. Ce qui devrait correspondre à un niveau particulièrement bas de galets rouges. J'ai bien dit devrait.

Alors au début, les pots(-au-feu) étaient au centre de nos préoccupations. Choupette se montrait exemplaire juste pour avoir la joie de voir les galets bleus s'accumuler. Elle essayait d'en grappiller un maximum. Genre « Mais là j'ai mis mes chaussettes ET mes chaussures, tu peux mettre deux galets, non ? ». Bonhomme demandait des galets même en cas de brossage de dents version lutte acharnée, mâchoire serrée. Pour être honnête, même moi je prenais plaisir à ajouter des galets bleus à la moindre occasion. Que veux-tu, mon orgueil de maman était flatté.

Quant aux galets rouges, eux aussi ont rapidement fait leur entrée. Oui bon, je ne m'attendais pas à des miracles non plus. Ça faisait déjà un moment que j'avais conscience de mon caractère gueulard et que j'avais bien du mal à le mettre en sourdine. Ce n'étaient pas quelques menus galets qui allaient stopper tout ça net.

Mais quand même, je suis étonnée de voir qu'ils ne sont pas si nombreux que ça, finalement. Ça me rassure, c'est toujours ça. Et puis j'ai découvert un effet inattendu à la chose. Le désamorçage de la situation de crise. Et oui, car plutôt que de surenchérir dans les aigus comme auparavant, ma fille (principale victime de mes vocalises, spécialement le matin dans la salle de bain) file déposer un caillou rouge, non sans un froncement de sourcils approprié, et sans un mot. Voilà, pas besoin de plus pour faire baisser la pression. Parfois le geste est préférable à la parole.

Avec le temps, même si on y pense moins souvent, les galets sont là, bien en évidence au centre de la maison. On prend toujours autant de plaisir à ajouter des bleus. Et le niveau des rouges reste raisonnable. Oui, même après une semaine à temps complet en huis-clos. Il faut dire que les minutes sont moins comptées quand on est en vacances.

Parfois Choupette se prend à les compter. Les rouges seulement. Histoire d'en remettre une couche à sa maman chérie. Qui prend note et réplique que « les bleus n'ont pas beaucoup progressé aujourd'hui ». Oui je sais, c'est fourbe comme répartie. Mais c'est toujours mieux qu'un vagissement, non ?

 

La morale de cette histoire c'est qu'avec les pots(-pourris) et leurs galets, les bambins savent que même leur mère n'est pas irréprochable, et qu'elle l'avoue. Que, tout comme eux, elle a des progrès à faire, et elle s'y attèle. 

 

Et toi, t'as du pot en ce moment ?

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